Alexis Piron

Piron, Alexis

French writer (1689-1773). ALS. Paris. 4to. 4 pp.
$ 5,707 / 5.500 € (25349)

Longe lettre avec un sonnet sur la mort de MONTESQUIEU. "Je prends la liberté Monsieur, en vous adressant ma quittance, de faire avec vous & de compter sur votre bienfaisance, comme si je l’avois bien méritée. Vous me l’avez commandé, & je prends cette confiance dans ma soûmission. Ne me reprochez pas que tout ce que je vous dis la dessus touttes les fois que le cas y échet, a toujours un peu l’air de phrâse & de compliment ; Il est bien difficile d’ôter tout à fait cet air à l’expression d’un sentiment aussi sérieux que celui de la reconnoissance ; La façon trop simple a un air de commodité qui ne sied point aux débiteurs.

La franchise & la sincérité n’y perdent rien pour cela & vous me perceriez le cœur si vous témoigniez croire un moment que mes respects ne fussent que de ces respects secs qui n’ont que le simple devoir en vüe ; Icy le plus tendre attachement les fonde & les anime ; & comme je crois vous l’avoir dit plus d’une fois, cet attachement que je vous ay voüé est une des plus agréables circonstances qui pouvoient accompagner la grace que le Roy m’a faite. Ces attachemens du reste comme tous les biens de ce monde ont leur mélange amèr ; ils ne laissent guères sans de continuelles inquiétudes sur le chapitre d’un précieux absent. On se dit sans cesse, est-il malade ? Ne l’est-il pas ? Est-il triste ou joyeux, & il n’y a qu’à lire la fable merveilleuse des 2 pigeons dans La Fontaine, pour voir un beau détail de touttes les misères d’un éloignement entre amis. Conclusion. Je suis pour le moins tout aussi pressé de vos nouvelles que des faveurs de M. Grisby. Soyez en bien presuadé Monsieur. Sinon, voila toutte ma petite fortune empoisonée. Elle ne l’est déjà que trop par la perte que je viens de faire de l’homme du monde qui me vouloit le plus de bien. Cest l’illustre Président de Montesquieu qui me faisoit lhonneur dans ses dernières heures de m’apeller toujours son cher & bien aimé confrère en dépit de M. de Mirepoix. J’ai répandu aussy en guise d’eau bénîte quelques gouttes d’eau d’Hypocrène sur sa sépulture. Je viens de faire ces vers cy à la mémoire de ce vraiment grand homme.L’aigle à disparu. MontesquieuDu haût de la double colline,Regagne pour jamais le lieuDe son immortelle origine.Il doit, de la sphère divineAisément trouver le chemin.Solide & brillant écrivain,Sur l’aile ardente du génie,Une plume d’or à la mainIl y plâna, toute sa vie.Personne encore n’a vû ces vers que vous Monsieur, & luy, si de si haût on voit encore de si petites choses. Je crois que de là, entre autres, une place d’Académicien, paroît bien petite en comparaison de ce qu’elle paroît icy bas aux yeux avides de nos aspirans. A propos de ceuxci, ne vous figurez vous pas notre pauvre Abbé, comme moy, sous la forme d’une balle de paûme que la raquette à la main se renvoyent l’espérance & le désespoir. Avez-vous vû jamais quelqu’un de mieux pelotté, à la dernière réception il jura bien haût qu’il ne s’en remûrait plus. Jupiter ex alto perjuria ridet amantum. Le voila plus en l’air que jamais, & tout aussy exposé au démenty qu’il le fut. Il a pour concurrent déclaré un Abbé de Boismont qui a touttes les aparences du succès pour luy, car il est sur le bouclier de Madame de Chaulnes, & ce qu’il y a de mieux encore pour luy c’est qu’il mérite cette place, infiniment moins que notre amy. Conservez m’en sil vous plaît toujours une dans votre souvenir comme à l’homme du monde qui vous enchâsse le plus précieusement dans le sien.".

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Piron, Alexis

French epigrammatist and dramatist (1689-1773). Autograph letter signed ("Piron"). No place. 08.02.1747. Small 4to. 3 pp. Bifolium with address panel to verso.
$ 1,556 / 1.500 € (72806/BN46863)

In French, to his brother Jean in Dijon, thanking him for having given him information about their "poor mother's" state of health and for looking after her. She is already an aged lady and so "it will be difficult for one springtime to mend the despair of 87 winters". Piron hopes that God will preserve their mother and keep his brother in good courage to support watching the sicknesses of body and spirit when being with her. Piron combines the comfort he gives to his brother with philosophical questions about God and finally talking about the state of Europe: "Nous avons attaqué la Reine d'Hongrie qui pour se venger y mangerà sa dernière chemise fut elle pleine de merde" ("We have attacked the Queen of Hungary who in order to take revenge would eat her last blouse even if it was full of shit").

- According to Piron, Europe is on fire and in the most terrible crisis. As his brother asked him for some news of Paris, Alexis Piron informs him about a big event which is going to take place the next day: Six chariots 30 feet long each that will ride through the streets of Paris. The first one represents love and marriage and will be equipped with beautiful instrumental music. The second one is in the shape of a ship. The third one will be chariot of Ceres loaded with bred that will be thrown to the people. The fourth one will be the chariot of Comus full of sausages, tongues and beef. The fifth one will be the chariot of Bacchus to serve drinkers. According to Piron, Panurge and Brother Jean would ask for another chariot of Venus full of "filles de joie" (daughters of joy). He describes luxurious life in Paris, sumptuous balls and ballets, a table to choose from 800 covers, all the gold and silver brocade in the stores of the city and all the jewels of the crown. Piron says that this is the misery of their time, an even greater misery than is to be found in the bourgeois garrisons with their weapons, lodgings and taxes. Piron ends his letter by assuring Jean that in times of war, plague and famine just as in times of peace and abundance he is and will remain his affectionate brother for all of his life. - Somewhat spotty and some damage to edges; some tears unprofessionally restored..

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